Je «tchatche» donc je suis
Selon une étude suisse, relations en ligne et relations personnelles se complètent.

Par EMMANUÈLE PEYRET

Le mercredi 25 avril 2001

 





«Les jeunes se rencontrent aussi "au-dehors" de l'Internet.» Christoph Müller, sociologue

 

Alors bon, voilà que les Suisses s'attaquent aux clichés sur les internautes accros à la vie sociale sur le réseau mondial. Jusque-là, on les imaginait dans une pièce sans fenêtres, éclairée par les écrans d'ordinateurs, sortant le moins possible puisque le livreur amène les pizzas. Tapant comme des ânes sur leur clavier, discutant frénétiquement et quasi uniquement sur le réseau, via les chats, les forums de discussion, les mails, bref, des «marginaux» totalement désocialisés, des «handicapés de la vraie vie», en un mot des «asociaux». De nombreuses enquêtes montrent que, oui, ceux-là existent, pour qui le «tissu social» se résume à «la Toile».

Communautés. Mais une étude, publiée ces derniers jours par le CNRS suisse a pris la chose autrement, en tentant d'analyser comment la communication sur l'Internet influe sur les relations sociales réelles et virtuelles.

Autrement dit, savoir si «les contacts sur l'Internet mènent à de nouvelles formes de communautés sociales», selon Christoph Müller, l'un des deux sociologues qui ont réalisé l'étude.

Entre 1997 et 1999, «on a étudié une centaine de jeunes gens qui utilisent fréquemment des services comme les chats et les newsgroups, des "heavy users", des utilisateurs intensifs», sélectionnés sur les forums les plus actifs. Et il semble bien «que les gens (les jeunes) se rencontrent aussi "au dehors" de Internet, qu'ils sont donc capables de combiner les deux "modes de vie", en ligne et hors ligne, poursuit Christoph Müller. Ainsi, ils peuvent agrandir leurs réseaux de contact sans perdre les contacts quotidiens "hors ligne"».

Bref, les gens utilisant les forums ou les chats ne sont pas déconnectés, mais au contraire, «très bien intégrés socialement», chacun des sondés évoluant dans un groupe d'environ seize personnes, on- line et off-line. On les envierait presque de s'élargir comme ça les tissus sociaux, de s'enrichir(1) le relationnel grâce à l'Internet. Selon les sociologues suisses, «les relations virtuelles ne menacent pas les relations personnelles, elles les complètent»: deux tiers des relations existent pour les sondés aussi bien dans la vraie vie que sur le réseau, la moitié de ces dernières a commencé sur le réseau. Et seules 24 % des relations virtuelles le sont exclusivement. Evidemment, l'étude n'a été menée que sur des forums ou des chats suisses («fréquentés en grande partie par des Suisses alémaniques», précise le sociologue), ce qui n'en fait pas une étude mondiale, d'autant que la Suisse étant comme chacun sait, un petit pays, il n'est peut-être pas si difficile de s'y rencontrer en live. Et n'a porté que sur cent personnes, âgées en moyenne de 24 ans, des hommes pour la grande majorité (89 %) qui passent en moyenne 35 heures par semaine devant leur ordinateur dont 18 sur l'Internet.

Relations. Mais, ajoute Christoph Müller, «une étude des réseaux sociaux, non encore publiée, est menée par un professeur à Toronto, et soutient nos résultats. De même, des enquêtes sociologiques sont faites en Angleterre, en France, en Italie, qui arrivent à des résultats semblables aux nôtres, mais avec d'autres méthodes». Cela étant, les sondés admettent que les relations sur le réseau sont moins fortes que celles de la vraie vie, 11 % seulement des relations virtuelles étant qualifiées de «proches», contre la moitié pour les relations «physiques». Une cyberbeuverie, peut-être, pour ressouder tout ça?

 

 

 

 

 

Noter:

- Propos rapportés

- Le langage familier et les mots de l’internet.

- Comment sont rapportés les chiffres (études, statistiques,…)

 

- Cette étude est-elle significative ou trop limitée pour être prise en compte ?